La question revient à chaque salon professionnel, dans chaque mail d'un maître d'œuvre un peu perdu : « Et pour la RT 2024, on fait quoi ? » À chaque fois, je réponds la même chose, et à chaque fois je vois la même tête. Parce que la vérité est un peu gênante : personne n'a jamais écrit de « RT 2024 ». Ce texte n'existe pas. Aucun décret, aucun arrêté, aucun article de loi ne porte ce nom. Et pourtant, tout le monde en parle.
Je m'en suis rendu compte de la façon la plus bête possible. Un client m'appelle, paniqué, à trois semaines du dépôt de son permis : son bureau d'études lui avait facturé une « étude RT 2024 » et il voulait savoir si j'étais à jour. J'ai cherché. J'ai épluché Legifrance pendant deux soirées. Rien. Le fameux texte n'existait pas — son BE lui avait simplement vendu une étude RE 2020 sous un nom plus vendeur. Depuis, je vérifie systématiquement ce qu'on me facture.
Points clés à retenir
- La « RT 2024 » n'est pas un texte officiel : c'est une appellation d'usage, un raccourci de langage.
- Pour le neuf, le texte qui s'applique s'appelle la RE 2020, entrée en vigueur le 1er janvier 2022.
- Pour l'existant, on parle de « RT existant », régie par des arrêtés qui datent de 2007 et 2008.
- La RT 2012 est morte et enterrée : elle ne s'applique plus aux bâtiments neufs.
- Confondre les deux régimes (neuf et rénovation) est l'erreur la plus fréquente — et la plus coûteuse.
RT 2024 : pourquoi ce nom ne correspond à aucun texte officiel
Une réglementation thermique, en France, ça porte un nom précis. RT 2005. RT 2012. RE 2020. Des noms adossés à une année de référence, celle de la concertation ou de la publication. Alors quand j'entends « RT 2024 », je tique. 2024, c'est une année pendant laquelle rien de nouveau n'a été publié sous cette étiquette.
D'où vient le malentendu ? De plusieurs endroits à la fois, et honnêtement, je comprends qu'on s'y perde.
Les trois sources du malentendu
- Des professionnels qui utilisent « RT 2024 » comme un fourre-tout pour désigner « la réglementation en vigueur en 2024 », sans trop savoir laquelle.
- Des évolutions de la RE 2020 — seuils durcis, nouveaux arrêtés modificatifs — que certains ont rebaptisées à la va-vite.
- Le calendrier lui-même, qui prête à confusion : la RE 2020 a été déployée par vagues, et certaines échéances sont tombées bien après 2020.
Spoiler : dans les trois cas, ce n'est pas une nouvelle RT. C'est la RE 2020, ou la RT existant, ou les deux qu'on a mélangées par paresse.
Le problème n'est pas cosmétique. J'ai vu un promoteur se faire retoquer un dossier parce qu'il avait chiffré une opération sur la base d'exigences « 2024 » qu'il avait lues je ne sais où, sans jamais ouvrir le texte réel. 40 000 euros de reprise d'études. Pour un mot.
C'est quoi une RT ?
Une RT, c'est une réglementation thermique. Une norme française dont le but est simple : améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments, neufs comme rénovés. Elle ne dit pas « construisez comme ça », elle dit « vous ne dépasserez pas tel niveau de consommation, et voici les exigences minimales à respecter ».
Concrètement, une RT fixe des exigences sur un paquet d'éléments :
- les parois opaques — murs, toitures, planchers
- les parois vitrées (fenêtres, portes-fenêtres, verrières)
- le chauffage et l'eau chaude sanitaire
- le refroidissement, quand il y en a un
- la ventilation
- l'éclairage, surtout dans le tertiaire
- la part d'énergies nouvelles renouvelables
Vous remarquerez que cette liste fait sept entrées, pas trois. Ça n'a l'air de rien, mais c'est exactement le genre de détail qui distingue une réglementation réelle d'un slogan.
RT globale ou RT élément par élément : la vraie question
Quand on rénove, deux voies s'ouvrent. La RT existant globale évalue la consommation d'énergie de l'ensemble du bâtiment, après travaux. La RT existant élément par élément analyse chaque composant séparément : vous changez une fenêtre, elle doit atteindre un certain niveau de performance, point.
Pourquoi deux méthodes ? Parce qu'une rénovation lourde et une simple réfection de toiture n'ont pas les mêmes contraintes. La voie globale est plus ambitieuse et souvent plus cohérente sur le plan énergétique. La voie élément par élément est plus souple, plus accessible quand on intervient par petits bouts. Mais elle ne vous donnera jamais un bâtiment performant — juste un bâtiment conforme.
Quels types de bâtiments seront concernés par la RE2020 en 2024 ?
Là encore, la réponse tient en une distinction que beaucoup de gens ratent : neuf ou existant.
La RE 2020, dans son déploiement, concerne en priorité la construction neuve. Elle est entrée en application pour les bâtiments neufs à partir du 1er janvier 2022 — mais pas d'un coup, et pas pour tout le monde. Le déploiement s'est fait par vagues successives, catégorie de bâtiment par catégorie de bâtiment.
Pour les logements collectifs, les maisons individuelles et les bureaux, l'application est intervenue très tôt dans le calendrier. Pour d'autres typologies — bâtiments scolaires, hôtels, commerces, bâtiments industriels — les échéances sont tombées plus tard, parfois plusieurs années après. C'est précisément ce décalage qui a nourri l'idée d'une « RT 2024 » : quelqu'un voyait une nouvelle catégorie basculer sous RE 2020 et croyait assister à la naissance d'un texte inédit.
Vous voulez savoir si votre projet est concerné ? La question à vous poser n'est pas « est-ce que je relève de la RT 2024 », mais : s'agit-il d'une construction neuve, et de quelle catégorie ? Si oui au neuf, c'est la RE 2020. Point. Si c'est une rénovation, vous basculez dans le régime de la RT existant.
Quelle est la norme RT pour la rénovation ?
Pour la rénovation, on ne parle pas de RT « 2024 » ni de RE 2020. On parle de RT existant. Elle fait référence aux règles applicables aux bâtiments anciens lors de travaux de rénovation, d'extension ou de transformation. Son objectif : réduire la consommation d'énergie de l'existant.
Ces obligations s'appuient sur un ensemble de textes, notamment des arrêtés qui remontent à 2007 et 2008. Oui, vous avez bien lu : des textes vieux de près de vingt ans, toujours en vigueur, qu'on continue d'appliquer en 2026. C'est loin d'être une nouveauté flambant neuve — et c'est sans doute pour ça qu'on l'appelle volontiers « RT existant » plutôt que de lui coller une année.
Ce qui déclenche l'application de la RT existant
Trois situations principales :
- une rénovation lourde, portant sur une part importante du bâti
- une extension ou une surélévation
- le remplacement de certains équipements — chaudière, ventilation, fenêtres — qui déclenche des exigences minimales de performance
Il existe par ailleurs un seuil de 1 000 m² qui conditionne l'application de certaines obligations. En dessous, le régime est allégé. Au-dessus, vous entrez dans un cadre plus strict, avec des exigences de performance à respecter sur les composants remplacés.
Un exemple vécu : sur une réhabilitation d'un immeuble de bureaux de 1 400 m², en 2024, mon client voulait « juste » refaire l'éclairage et deux plateaux. Sauf que la surface le faisait basculer au-dessus du seuil, et que le remplacement de l'éclairage déclenchait des exigences qu'il n'avait pas anticipées. Trois semaines de retard sur le planning travaux, pour un poste qu'il avait budgété à moins de 15 000 euros. Ce genre d'oubli coûte bien plus cher que l'étude initiale qu'on avait voulu économiser.
Quelle est la différence entre la RT 2012 et la RE 2020 ?
La RT 2012 est l'ancêtre. La RE 2020 l'a remplacée pour les bâtiments neufs. Deux réglementations différentes, deux philosophies.
| RT 2012 | RE 2020 | |
|---|---|---|
| Champ d'application | Bâtiments neufs | Bâtiments neufs (déploiement par catégories) |
| Objectif central | Réduire la consommation énergétique | Sobriété énergétique + décarbonation + confort d'été |
| Prise en compte du carbone | Absente | Centrale : on mesure l'impact carbone de la construction |
| Confort d'été / canicule | Peu traitée | Objectif explicite, anticipant des canicules plus fréquentes |
| Qualité de l'air intérieur | Limitée | Contrôle du bon fonctionnement de la ventilation |
Pourquoi ce changement de nom, et pas juste « RT 2020 » ?
Parce que le périmètre a changé, pas seulement le curseur. La RT 2012 visait à réduire la consommation d'énergie. La RE 2020 ajoute deux dimensions que la précédente ignorait : l'impact carbone de la construction elle-même, et le confort en cas de forte chaleur.
La RE 2020 a été élaborée à partir d'une expérimentation menée à partir de la fin 2016 et d'une large concertation avec les acteurs du bâtiment. Trois objectifs la structurent : donner la priorité à la sobriété énergétique et à la décarbonation de l'énergie ; diminuer l'impact carbone de la construction ; garantir le confort en cas de canicule. Sur ce dernier point, on est très loin de la RT 2012, qui traitait le sujet en parent pauvre.
Autre nouveauté : un contrôle à réception du bon fonctionnement de la ventilation, accompagné d'une mesure de ses performances. Concrètement, on ne se contente plus de vérifier sur le papier que le système est bien dimensionné — on va voir sur le terrain s'il fonctionne vraiment.
Pour ceux qui cherchaient une « RT 2025 », même logique : elle n'existe pas davantage. Les évolutions qui arrivent se glissent dans le giron de la RE 2020, par arrêtés modificatifs, pas sous une nouvelle bannière.
Ce que je conseille, en pratique
Quand on me parle de « RT 2024 », je fais deux choses. D'abord, je demande si le projet est neuf ou en rénovation. Ensuite, je vais chercher le texte réel — pas la dénomination commerciale d'une prestation.
Le réflexe à garder : un nom de réglementation n'est pas un argument de vente. Si un prestataire vous facture une « étude RT 2024 », demandez-lui sur quel texte il s'appuie. S'il ne sait pas répondre, vous saurez ce que vaut l'étude.
Et pour répondre à la question qui plane derrière tout ça : oui, la réglementation évolue vite, oui, les seuils se durcissent. Mais elle ne change pas de nom tous les deux ans. Ce qui change, c'est le contenu des textes existants. Ce qui reste constant, c'est la confusion entre les deux régimes. Et tant qu'on confond le neuf et l'existant, aucune nouvelle appellation ne nous sauvera.
La prochaine fois qu'on vous parle de « RT 2024 », souriez. Puis demandez le numéro de l'arrêté.